La situation déplorable du travailleur palestinien - Haaretz (Gideon Levy)

La pauvreté et le chômage en Cisjordanie – résultantes directes de l'occupation – poussent les travailleurs palestiniens à subir la douleur et l'humiliation de devoir travailler en Israël. Les Israéliens les voient et ne les voient pas. Ils sont sur l'échaufaudage du bâtiment que l'on construit juste à côté du nôtre. Nous les voyons et ne les voyons pas. Nous n'avons aucune idée de ce qu'ils endurent et nous ne nous en soucions pas. Les gens qui construisent nos maisons et pavent nos routes ont quitté leur propre maison vers 2 heures du matin. Ils rentreront chez eux le soir, après une longue et épuisante journée de labeur, près de 24 heures de travail pénible, de trajet pénible et d'humiliations. Cette nuit, ils quitteront à nouveau leur maison pour leur boulot en Israël. Alors que certains Israéliens viennent travailler les yeux brouillés du fait que leur bébé les a réveillés deux ou trois fois au cours de la nuit, ces gens, eux, ne connaissent ni jour ni nuit. Il y a les chanceux et les malchanceux. Quelques dizaines de milliers ont des permis de travail en Israël – 47.350 en mars – et quelques dizaines de milliers d'autres s'y faufilent sans permis. Ceux qui ont des permis refont cette Via Dolorosa chaque nuit ; ceux qui s'introduisent en fraude resteront sur le site en construction pendant deux ou trois semaines, subissant de longues nuits froides dans la crainte d'être pris. Ce sont les illégaux. S'ils sont pris, ils seront traités comme des bêtes traquées. Après quelques heures d'interrogatoire, ils seront largués de l'autre côté du check-point, comme des immondices. Parfois ils seront arrêtés ou recevront une amende. Ils reviendront. Ils n'ont pas le choix. Certains paient de leur vie ce voyage en quête d'un emploi. Ils viennent en Israël en raison de la pauvreté et du chômage en Cisjordanie, conséquences directes du mur et de l'occupation imposés par Israël. Leurs conditions de travail et de vie sont même pires que les pires des conditions des travailleurs des sweatshops (ateliers de misère) en Extrême-Orient. Ces derniers au moins peuvent tomber endormis sur leur machine, leurs quartiers (misérables) sont à proximité de l'usine et il n'y a pas d'« illégaux ». Je doute que les travailleurs chinois soient humiliés au même point que leurs homologues palestiniens, même si les Palestiniens sont bien mieux payés. Israël a besoin d'eux et sait comment exploiter leur faiblesse. Ils paient des milliers de shekels à des « makhers » (intermédiaires, passeurs) qui leur arrangent des permis de travail pour quelques mois chaque fois et ils acceptent d'endurer toutes sortes d'épreuves parce qu'ils n'ont pas le choix. La semaine dernière, ils ont pu redresser la tête un moment : Quelque 5.000 Palestiniens travaillant en Israël se sont mis « en grève » pour protester contre les conditions intolérables régnant au check-point d'Irtah (Sha’ar Ephraim), à l'ouest de Tulkarem, qui est en cours de réfection. Le lendemain, les conditions se sont améliorées et ils sont retournés au travail et aux humiliations. Mais il n'y a pas qu'Irtah. Chaque croisement connaît le même encombrement terrible dans des passages étroits et barrés qui ressemblent davantage à des cages de contention pour bétail qu'à des accès destinés aux personnes : avec les poussées, les coups, les défaillances, le seul contact humain est celui des voix, de ceux qui voient et qu'on ne voit pas, la façon de s'adresser aux gens. Je l'ai vu de mes propres yeux au check-point 300, à Bethléem, et une fois encore la semaine dernière dans un reportage télévisé dérangeant sur Channel 1 réalisé par Yoram Cohen. « Personne ne connaît le système aussi bien que nous », a déclaré Machsom Watch – les bénévoles de Women for Human Rights (Femmes pour les droits humains) dans leur rapport sur le check-point d'Irtah. « Le système consiste à opprimer, à humilier et à rendre les choses pires encore de sorte que les sujets soient encore plus effrayés. » Répétons-le : Il s'agit de gens munis de permis de travail, qui ont franchi tous les contrôles de sécurité, et la plupart sont relativement âgés. Voilà ce qu'il en est nuit après nuit, en plus du rituel de la sécurité qui justifie tout. Il est malaisé de comprendre comment tout cela ne finit pas par exploser. Comment la haine qui s'accumule la nuit n'éclate pas en une violence terrible. Comment ils acceptent, nuit après nuit, d'endurer tout cela – et de rester calmes. Et comment la plupart des Israéliens n'y prêtent aucune attention. La prochaine fois qu'un(e) Israélien(ne) doté(e) de conscience s'abstiendra d'acheter une paire de tennis ou un téléphone cellulaire fabriqués dans des sweatshops asiatiques, il (elle) devrait se rappeler ceci : Les sweatshops les plus brutaux sont à proximité de chez nous. Regardez ne serait-ce qu'un fois le visage triste de l'ouvrier qui construit votre maison ; essayez d'imaginer par où il est passé et enfilez ses chaussures. Lui aussi est un être humain. Publié le 28 décembre sur Haaretz. Traduction pour ce site : JM Flémal. http://www.pourlapalestine.be/index.php?option=com_content&view=article&id=1930:la-situation-deplorable-du-travailleur-palestinien&catid=1:latest-news

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