jeudi 4 décembre 2014

Etat Palestinien: une initiative contre-productive pour les Israéliens


Le Soir (5 décembre 2014)
La Belgique pourrait reconnaître un Etat Palestinien, emboîtant ainsi le pas à d’autres pays européens. En Israël, cette éventualité est largement considérée comme contre-productive, voire comme une menace. Elle pourrait faire le jeu des ultra-nationalistes lors des prochaines élections législatives. Entretien avec Frédéric Encel, professeur à Sciences-Po Paris, auteur d’un Atlas géopolitique d’Israël.

Pourquoi la classe politique israélienne juge-t-elle "contre-productive" une éventuelle reconnaissance d’un Etat Palestinien ?
L’argument principal est le suivant : à Oslo, en 1993, les Israéliens et les Palestiniens se sont engagés à ne pas prendre d’initiatives unilatérales et à ne pas profiter d’initiatives unilatérales qui n’auraient pas été préalablement négociées, prises par l’un ou par l’autre.
Les Israéliens rappellent à Mahmoud Abbas qu’il est allé à l’ONU en 2011 et 2012, qu’il a demandé aux parlements étrangers et, a fortiori, aux Etats étrangers de reconnaître un Etat Palestinien. Pour eux, il s’agit d’une démarche unilatérale alors que les négociations ne sont pas finies et elle place les palestiniens hors-jeu. Mais sur le terrain les prérogatives, évidemment, n’ont pas changé de main. On ne décrète pas la souveraineté depuis l’extérieur des frontières et ça les Israéliens le savent très bien.
De leur côté, les Palestiniens répliquent en disant que les implantations n’ont pas été négociées, qu’elles sont elles aussi unilatérales.
Craint-on en Israël qu’un éventuel Etat Palestinien ne tombe entre les mains du Hamas ?
Oui, c’est même la crainte très majoritaire en Israël. Au fond, les Israéliens n’ont pas une image trop mauvaise de Mahmoud Abbas, l’actuel président de l’Autorité Palestinienne légale et légitime parce qu’il a respecté le cahier des charges et ils le savent très bien. Il n’y a pratiquement plus d’attentats, en tout cas plus d’attentats organisés, militarisés façon deuxième Intifada sous Arafat depuis maintenant dix ans, pratiquement jour pour jour l’arrivée au pouvoir de Mahmoud Abbas.
En revanche, le Hamas est absolument et unanimement perçu en Israël, jusqu’à l’extrême gauche comme un mouvement ennemi, terroriste et dangereux. Les Israéliens rappellent qu’ils se sont retirés de la bande de Gaza en 2005 et qu’ils n’en ont reçu en héritage que la guerre.
Ce mouvement européen vers une reconnaissance d’un Etat Palestinien intervient alors que la Knesset vient d’être dissoute et que l’on se prépare à de nouvelles élections le 17 mars prochain. Cette coïncide risque-t-elle de favoriser l’extrême droite israélienne ?
Oui. Plus exactement, il y a une conjonction de facteurs qui risquent de pousser les Israéliens vers des partis ultra-nationalistes car cette pression globale fait peur.
Julien Jeffredo

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